ESPAGNOLS INTERNES A DACHAU – TEMOIGNAGE

Publié: 14 avril 2006 dans Histoire

 

Rue de la Liberté (Dachau)

 

Les déportés peuvent différer de point de vue dans le jugement qu’ils portent sur les groupes nationaux étrangers.

Mais tous sont d’accord pour dire que les Espagnols réussirent le tour de force de faire l’unanimité dans la sympathie et l’admiration.

Ces rouges de l’Armée républicaine étaient pour la plupart ouvriers et des paysans. Leur sort était des plus misérables : internés depuis la fin de leur guerre civile, ils avaient été, après la campagne de France menée à nos côtés, livrés aux nazis par Vichy. Pas de lettres du pays pour eux depuis de longues années. Pas davantage de colis de Croix-Rouge. Un abandon de tous qui semblait total. Avec cela, une ignorance de la langue allemande qui les rendait encore plus isolés dans leur détresse.

Les Espagnols tiraient de leur adversité une orgueilleuse fierté qui forçait le respect. Jamais on ne les entendait gémir. Une pudeur le leur interdisait. Malgré leurs oppositions politiques (il y avait tout de même chez eux des différences notables entre l’anarchiste de la FAI et le républicain, entre le socialiste et le communiste) ils avaient l’élégance de n’en rien laisser paraître. Le seul fait que nous savions tous qu’il n’y avait parmi eux que des "politiques" favorisait, certes, cette promotion tacite qu’on leur réservait, mais ils auraient pu déchoir de cette seigneurie par leur comportement individuel. Bien loin de là. Ils se montraient toujours irréprochables, discrets aux lavabos pour ne pas accaparer les places, comme à la distribution du Nachelague pour ne point en réclamer plus que les autres. Leur résignation altière avait une grandeur qui tenait peut-être à l’histoire de leur patrie.

Quand on parle devant moi, depuis Dachau, de Grand d’Espagne, je revois moins un personnage de Claudel chamarré d or et de soieries que l’un quelconque de ces camarades malheureux : Alvarez, le plus communicatif d’entre eux, ardeur, violent parfois, se calmant aussitôt sur un geste de Georg; l’admirable Capella, qui continuait à soigner les typhiques alors qu’il titubait de fatigue et de fièvre ; Vincente Parra, leur sympathique responsable clandestin; le petit Mariano, noir comme du jais, vingt ans, toujours souriant, qui s’ennuyait pourtant, parfois, de son village de Castille et qui, sans protester jamais, enfournait les lourds paquets de linge infect dans le placard ensoufré du Kommando de la désinfection, le docteur Van Dyk, vingt autres..

Edmond MICHELET

 

Libération du camps de Mauthausen 

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