LIBERATION DE PARIS

Publié: 15 avril 2006 dans Histoire

UN EPISODE MECONNUE …. 

MISE AU POINT.

 

Le 24 août 1944, à 20 h 45, un détachement de la 2e DB

du général Leclerc, fort de 150 hommes, commandé par

le capitaine Raymond Dronne pénètre dans Paris par la

porte d’Italie, s’enfonce dans la capitale par le pont

d’Austerlitz et les quais de la Seine et, à 21 h 20, atteint

l’Hôtel de Ville, où l’accueille le général

Chaban-Delmas.

 

Quelques heures plus tôt, du côté de la Croix-de-Berny, le

capitaine Dronne avait reçu l’ordre du commandant de la

2e DB : << Dronne, filez sur Paris, entrez dans Paris,

passez où vous voudrez, dites aux Parisiens de ne pas

perdre courage, que demain matin la division tout entière

sera dans Paris >>

Le capitaine Dronne avec le général Leclerc

Ce haut fait est connu de la majorité des Français. Une

chose l’est moins: la compagnie que commande le capitaine

Dronne, la 9e compagnie du régiment de marche du Tchad,

est surnommée "la Nueve" car elle est essentiellement

composée de volontaires Espagnols.
La plupart ont combattu dans les rangs de l’armée régulière

Espagnole ou dans les milices populaires pendant la guerre

d’Espagne. Ils sont arrivés en Afrique du Nord, quelques-uns

directement d’Espagne en 1939, le plus grand nombre via la

France en juin 1940, où après l’armistice ils sont internés

dans des camps ou affectés à des compagnies de

travailleurs étrangers. À la suite du débarquement américain

en Afrique du nord en novembre 1942, ils se sont engagés

dans une unité de volontaires, les corps-francs d’Afrique,

sous les ordres du général de Monsabert, et ont vaillamment

combattu en Tunisie.
Le général Leclerc, lorsqu’il mit sur pied sa 2e DB, chercha

des fantassins aguerris et les recruta parmi les volontaires

Espagnols des corps-francs. II les confia au capitaine Dronne

pour constituer sa compagnie. II n’est donc pas étonnant de

découvrir le soir du 24 août une quinzaine de blindés, qui 

portent des noms Espagnols :Madrid, Guadalajara, Brunete,

Guernica, Teruel et même Don Quijote.

 

 Véhicule blindé portant le nom "GUADALAJARA"

 
Ce sont les véhicules du lieutenant Amado Granell, qui rêvait

de la restauration de la République en Espagne; de

l’adjudant-chef Campos, le chef de la 3e section, anarchiste

évadé d’Espagne, chef de commando dans les corps francs

d’Afrique; du sergent-chef Garces, aragonais de Saragosse,

matador sous le nom de Larita II, ancien de la Légion,

d’Enguinados, né au Mexique d’une mère Indienne et d’un

père Espagnole,engagé à 15 ans dans les rangs républicains;

de Juan Reiter, Allemand d’origine, ancien de la Légion,

d’Espagne ; de Carino Lopez, marin-pêcheur galicien qui,

après la débâcle des républicains, rejoignit Oran sur une

petite chaloupe …
Ces Espagnols avaient repris les armes pour libérer la France.

Les Français doivent le savoir. Ils ne doivent pas oublier non

plus les actions glorieuses d’autres Espagnols : guérilleros

du Sud-Ouest, passeurs des Pyrénées, combattants de la

MOI, maquisards des Glières et du Vercors, légionnaires des

régiments de volontairesétrangers ou morts à Mauthausen

parce que Républicains. 

Tous ces étrangers sont entrés << par le sang versé >>

dans le lent processus d’intégration à leur nouveau

pays.Ils ont droit à toute la reconnaissance des

Français.

                                            Michel ROQUEJEOFFRE 

 

 

 

 

Ce texte de M. Michel Roquejeoffre (général d’armée) a été publié par Le Nouvel Observateur

(19-26 août 2004)

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