VIE ET MORT D’UN POETE.

Publié: 18 avril 2006 dans Poésie

ANTONIO MACHADO 1875 – 1939

 

Les deux plus grands poètes espagnols du XXème siècle, Federico Garcia Lorca, assassiné à Grenade en 1936 et Antonio Machado  mort en exil à Collioure en 1939, furent tous deux victimes du Franquisme. Moins éclatante et audacieuse que la poésie de Lorca, mais empreinte d’une sagesse et d’une profondeur qui lui donne une portée égale à celle des plus grand poètes de tous les temps, de Khayyam (Perse) à Umberto Saba (Italie), l’oeuvre de Machado interroge constamment les grands mystères de la vie humaine, dans une contemplation attentive des hommes et du monde.

 

Tout passe
et tout demeure
Mais notre affaire est de passer
De passer en traçant
Des chemins
Des chemins sur la mer
Voyageur, le chemin
C’est les traces
de tes pas
C’est tout ; voyageur,
il n’y a pas de chemin,
Le chemin se fait en marchant
Le chemin se fait en marchant
Et quand tu regardes en arrière
Tu vois le sentier
Que jamais
Tu ne dois à nouveau fouler
Voyageur! Il n’y a pas de chemins
Rien que des sillages sur la mer

Imprévisible parcours que celui de cet Andalou, né à Séville en 1875! Rien ne laissait prévoir qu’il finirait ses jours "Tras el Pirineo" (derrière les pyrénées), à Collioure, pour y reposer à tout jamais à quelques kilomètres de la frontière le séparant de son pays d’origine. Après la prime enfance passée à Séville assombrie par le décès de son père, sa mère et son oncle vont lui prodiguer affection et soins attentifs et il poursuivra des études primaires et secondaires sous la houlette de maîtres et de professeurs qu’il tiendra toujours en grande estime. Puis il accompagne son frère à Paris à qui la maison Garnier vient de proposer un emploi de traducteur. De retour en Espagne, il sera affecté à Soria pour y enseigner le français, où il rencontre celle qui va devenir, le 30 juillet 1909, sa femme, Doña Leonor. Ses poèmes traduisent alors la joie et le bonheur de vivre avec celle qu’il aime passionnément. L’interlude sera de courte durée. Au cours d’un second voyage à Paris, où il fait la connaissance de Ruben Darío et suit les cours de Bergson à la Sorbonne, sa jeune femme contracte la tuberculose. Elle mourra le 1er août 1912. Désormais, le poète va se consacrer à traduire au moyen de l’écriture poétique l’inquiétude intérieure d’un esprit entièrement voué à la réflexion philosophique, qu’il livrera dans des ouvrages en poésie et en prose intitulés : "Champs de Castille", "Les Complémentaires", "Juan de Mairena", "Abel Martin". A Ségovie, où il vient d’être muté, son cœur s’enflamme à nouveau pour celle qui passera à la postérité sous le nom de Doña Guiomar. Pour lors, il partage son temps entre ses activités professionnelles et ses escapades à Madrid où, dans les "tertulias" littéraires, il rencontre l’intelligentsia espagnole de l’époque -Unamuno, Valle Inclán, Alberti- et il collabore avec son frère Manuel à la rédaction de pièces de théâtre. Cette fièvre créative ne l’empêche pas de s’intéresser aux mouvements politiques et sociaux qui secouent l’Espagne, et qui la diviseront  bientôt en deux camps fratricides. Républicain de toujours, Machado se retrouve naturellement dans le camp des opposants à Franco et met sa plume au service du peuple, collaborant à plusieurs journaux dont "La Vanguardia" de Barcelone. La guerre le sépare de Doña Guiomar, qui part pour le Portugal, et à mesure de l’avance des troupes factieuses, ses amis conduisent le poète à abandonner Madrid pour Valence, puis Barcelone. Il accuse de plus en plus la fatigue physique et morale: Lorca a été fusillé. Unamuno, qu’il admirait, n’est plus. Les fascistes gagnent du terrain. Il lui faut se résoudre à quitter Barcelone, cette fois pour l’étranger. La mort dans l’âme, le voici sur le chemin de l’exode, accompagné par sa mère octogénaire, son frère José et la femme de celui-ci, au milieu de tout un peuple -le sien- de fugitifs. Dans la cohue, il perd une valise contenant des travaux inédits. Le groupe est épuisé. Il fait froid. Un ami explique au Commandant du poste de Perthus qui est Machado. Le gradé réussit à leur procurer une voiture qui, péniblement, conduit les quatre rescapés jusqu’à Cerbère. Ils se voient contraints de passer la nuit dans un wagon où règne une température glaciale. Le lendemain, ils descendent à Collioure, où un employé des chemins de fer, Monsieur Baills, les aiguille vers l’hôtel Quintana. Pourquoi cette halte à Collioure? Pourquoi le poète n’a-t-il pas essayé de rejoindre Paris, qu’il connaissait et où il était connu? La question reste sans réponse. Sans doute faut-il en attribuer la cause à l’épuisement. Collioure marque en tout cas le point final de son parcours. Ainsi en a décidé son destin. Arrivé le 2 février 1939 il y mourra le 22 du même mois. Dans l’intervalle, M. Baills a reconnu en Machado le grand poète qu’il avait eu l’occasion – à l’époque, déjà – d’étudier en classe d’espagnol. La nouvelle s’était répandue et on lui fit un enterrement digne de sa personne et de ce qu’elle représentait. Son frère trouva dans une des poches de son pardessus un bout de papier chiffonné sur lequel il avait écrit ce que l’on considère comme son dernier vers:
"Esto días azules y este sol de la infancia."

 

Miguel Martinez

Secrétaire général de la fondation Machado

 

 A. Machado sur son lit de mort

 Hommage au poéte

Enterrement à Collioure

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commentaires
  1. angelique dit :

    l\’histoire j\’aime bien mais je prefere la poesie qui pour moi est plus sympa a lire et a retenir quand on est romantique!
    bises angelique

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