l’AFFICHE ROUGE (3)

Publié: 21 avril 2006 dans Histoire

 

 

Missiak MANOUCHIAN

Missak Manouchian a 19 ans lorsqu’il arrive en France en 1925. Il est né le 1er septembre 1906 dans une famille de paysans arméniens du petit village d’Adyaman, en Turquie. Il a huit ans lorsque son père est tué par des militaires turcs au cours d’un massacre. Sa mère mourra de maladie, aggravée par la famine qui frappait la population arménienne. Les atrocités du génocide marquent Missak Manouchian pour la vie. De nature renfermée, il deviendra encore plus taciturne ce qui le conduira, vers l’âge de douze ou treize ans, à exprimer ses états d’âme en vers : " Un charmant petit enfant A songé toute une nuit durant qu’il fera à l’aube pourpre et douce des bouquets de roses ". Orphelin, il est recueilli par une famille Kurde puis par une institution chrétienne. À son arrivée en France, il apprend la menuiserie, mais acceptera toutes les tâches qu’on lui proposera. Parallèlement il fonde 2 revues littéraires, Tchank (Effort) puis Machagouyt (Culture). Missak Manouchian fréquente les " universités ouvrières " créées par les syndicats ouvriers (CGT), et en 1934, il adhère au Parti communiste et intègre le groupe arménien de la MOI (Main d’œuvre immigrée). En 1937, on le trouvera en même temps à la tête du Comité de secours à l’Arménie, et rédacteur de son journal, Zangou  (nom d’un fleuve en Arménie). Après la défaite de 1940, il redevient ouvrier puis responsable de la section  arménienne de la MOI clandestine. En 1943, il est versé dans les FTP de la MOI parisienne dont il prend la direction militaire en août, sous le commandement de Joseph Epstein. Missak dirige donc ce réseau de 22 hommes et une femme.
Depuis fin 1942, ces hommes ont mené dans Paris une guérilla incessante contre les Allemands : ils ont réalisé en moyenne une opération armée tous les deux jours: attentats, sabotages, déraillements de trains, pose de bombes. Leur grand coup d’éclat a lieu le 28 septembre 1943 lorsqu’ils abattent Julius Ritter, responsable du S.T.O. en France et général S.S. 
Le 16 novembre 1943 Missak Manouchian doit rencontrer Joseph Epstein sur les berges de la Seine à Evry. il ignore qu’il est suivi depuis son domicile parisien lorsqu’ils sont arrêtés sur la rive gauche par des policiers français en civils. en fait ce sont toutes les unités combattantes de la MOI parisienne qui seront démantelées ce jour là ou les jours suivants. S’agit-il d’un travail de police bien mené ou d’une dénonciation?…. Certains historiens pensent que les circonstances dans lesquelles eut lieu l’arrestation du groupe Manouchian demeurent obscures et relèvent de la dénonciation. Il semblerait que le groupe ait été utilisé dans des actions trop périlleuses pour ses moyens et qu’il n’ait pas été suffisamment 
prévenu par la direction de la Résistance communiste des risques qu’il encourait.

Les Allemands donnent une publicité inhabituelle à leur procès. La presse est invitée : une trentaine de journaux français et étrangers sont représentés. Les services de la propagande allemande envoient une équipe cinématographique. C’est un procès de 3 jours à grand spectacle. Son but est évident, le président de la cour martiale le précise : il faut " faire savoir à l’opinion française à quel point leur patrie est en danger ". Pensez-vous, des étrangers…."
De fait, le groupe est essentiellement composé d’étrangers : huit Polonais, cinq Italiens, trois Hongrois, deux Arméniens, un Espagnol, une Roumaine et trois Français.

Parmi eux, neuf sont juifs et tous sont communistes ou proches du P.C. Leur chef est l’Arménien Missak Manouchian.

 

Dans le même temps les murs de France se couvrent d’une affiche les désignant comme des criminels : l’Affiche Rouge. La propagande allemande veut montrer que ces hommes ne sont pas des libérateurs mais des criminels, des terroristes, des droits communs. Les auteurs de l’affiche ont essayé de réaliser une composition apte à marquer les esprits:

 

– 1. Le choix de la couleur : le rouge, couleur du sang, le sang des meurtres perpétrés par " l’armée du crime ".
– 2. En haut de l’affiche, une question : " Des libérateurs ? ". En bas, la réponse : Non, ce sont des criminels. Et entre les deux, des preuves (caches d’armes, sabotages, morts et blessés).
– 3. Sous le mot de libérateur , telle une légende, les dix visages mals rasés présentés dans des médaillons cerclés de noir et répartis symétriquement. Sous chacun de ces visages, un nom à consonance étrangère, et juif pour sept d’entre eux. Bien entendu, aucun des Français du groupe n’y figure. Missak Manouchian y est qualifié de " chef de bande ". Ce n’est pas un résistant, ce n’est pas un libérateur, mais un criminel de droit commun. Les 10 médaillons s’intègrent à une flèche dont Manouchiant forme la pointe et qui met le focus sur les " crimes ".
Lorsque l’affiche rouge est diffusée sous forme de tracts, c’est pour rajouter au verso le commentaire suivant :
" Si des Français volent, sabotent et tuent, ce sont toujours des étrangers qui les commandent ; ce sont toujours des chômeurs et des criminels professionnels qui exécutent ; ce sont toujours des Juifs qui les inspirent. "
Les Allemands et Vichy ont voulu transformer ce procès en propagande contre la Résistance. Ils veulent montrer que la Résistance n’est que du banditisme et un complot étranger contre la France et les Français. Ils misent sur la xénophobie, l’antisémitisme et l’anticommunisme supposés de l’opinion publique. La radio et les journaux de Vichy reprennent le thème du " judéo- bolchevisme, agent du banditisme ". Il s’agit de déstabiliser la Résistance à un moment où elle est organisée et pose des problèmes de plus en plus importants aux forces de répression.
Missak Manouchian tombera au Mont-Valérien, avec vingt-et-un de ses camarades, sous les balles de l’ennemi, le 19 février 1944. La femme fut décapitée à Stuttgart ultérieurement. Joseph Epstein et vingt-huit autres partisans français seront fusillés le 11 avril 1944.

 

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