POEME DE ROGER A. LHOMBREAUD

Publié: 1 mai 2006 dans Poésie
 

La plus hostile rue des temps

 

J’ai fui 
dans une bordée d’obscurs visages 
la plus hostile rue des temps. J’ai glissé 
sur des flaques de regard et d’ordures.. 
Je cours, je cours dans cette rue d’éternité 
Sans faire un pas vers le soleil ni vers les hommes." 
Pierre Emmanuel 
Jours de Colère 
"Réfugiés"

Quand on n ‘a pas trente ans, et qu’on surprend le monde, 
Quand on sent au-dedans l’emportement du sang, 
Quand la démangeaison de terrasser l’Immonde, 
De créer l’Agissant, de crier, frémissant, 
Tourmente un coeur tout neuf partant pour tout apprendre, 
Quand on entend partout mander sa "mission" : 
("La conquête du monde, à vous de l’entreprendre ! ") 
Quand la gloire éblouit, quand, sans rémission, 
On se lève et se jette au-dessus des mêlées, 
Quand on ressent cela, que l’on accepte aussi 
D’être les mains, les dents, les poitrines zélées 
De tant et tant de gens arrivés et assis, 
Alors, mes Frères, oui alors, qu’abordons-nous ? 
Juchés sur nos tranchées, 
Tremblant dans nos genoux, 
Nos fougues relâchées : 
Nous pouvons admirer 
Et le Monde, et l’Epoque, 
Et même déchirer 
Les masques et défroques .

Et ce que nous voyons, mes Frères, de mémoire 
D’homme, on ne l’avait vu, ni même imaginé, 
Ni lu dans nul grimoire : 
Car ce que nous voyons, c’est un succédané 
D’humanité perdue, 
Monstrueuse verrue . 
On n’y trouve pas l’Homme, et l’homme se tient coi : 
L’homme-abdication, l’homme-caricature, 
Tapi, petit, palpite, habite l’aventure 
Qui peut le mettre à mort, sans qu’il sache pourquoi !

Ça fourmille de gens attardés 
Ce monde tardif de maintenant ; 
Ça grouille de pontifes bardés, 
De grenouilles et de gouvernants . 
Nous avons nos savants, à tout prendre, 
Qui clament, qui classent, qui se cloîtrent 
Dans des couvents chromés, pour accroître 
Le Savoir — et pour ne rien comprendre…

Il y a les cœurs simples et bons, 
Déchiquetés à coups de couteau ; 
Il y a les morts purs des poteaux, 
Brisés par les balles et leurs bonds…

Il n’ y a plus de bilan humain 
Ni l’espérance des lendemains…

Pourtant, il y a Nous, 
Avec tous nos dégoûts 
Et nos sourdes révoltes, 
Avec nos désirs fous de fécondes récoltes ; 
Il y a Nous enfin, 
Le creusement de faim 
Si long qui nous pénètre, 
L’engagement de l’être, 
De tout notre être 
Luttant contre la masse 
Qui monte et qui menace 
(Mais sans nous émouvoir ! ) 
Luttant contre l’avoir, 
Le vain Avoir : 
Et l’Avoir, c’est l’argent, 
La peur, la mort, le sang, 
Et les durs héroïsmes 
Et les sots égoïsmes 
Que nous avons subis :

"To be or not to be"…

Il s’agit maintenant d’exister, 
D’exister pour vouloir résister 
A l’Avoir, pour donner à notre être 
Sa raison d’Etre !

 

© Roger- A. Lhombreaud
Edimbourg 1946

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