LA REPUBLIQUE XENOPHOBE (1939)

Publié: 14 novembre 2006 dans Histoire

 REFUGIES REPUBLICAINS ESPAGNOLS

Mythe de la solidarité républicaine

            Les républicains espagnols, fuyant la dictature franquiste, s’attendaient à être reçu avec une certaine compréhension par la république française.

            La République a d’abord créé pour eux des camps d’internement, mais finalement la solution la plus simple était de les livrer à l’Espagne franquiste.
            Marx Dormoy, ministre de l’intérieur du Front Populaire après Roger Salengro, et ensuite par alternance avec Albert Sarraut jusqu’en 1939, est le maître d’œuvre de cette solution.


Circulaire du 27 septembre 1937 :

            " Parmi les réfugiés arrivés sur notre territoire après les évènements d’Espagne et qui sont hébergés actuellement aux frais de la collectivité publique, se trouvent de nombreux hommes valides en état de travailler. Il n’est pas possible pour le gouvernement d’entretenir sur les deniers publics cette catégorie de personnes, les sommes restreintes consacrées à l’hébergement des réfugiés devant être affectées par priorité, pour des raisons élémentaires d’humanité, aux vieillards, femmes et enfants.
          D’autre part, il ne saurait être question d’autoriser ces réfugiés à travailler en France. Cette solution aurait, en effet, l’inconvénient de soumettre la main d’œuvre nationale à une concurrence inadmissible et de stabiliser une situation qui doit rester purement temporaire.
Dans ces conditions, et pour remédier au danger que présenterait la présence sur notre sol d’hommes jeunes, sans ressources et sans travail, j’ai décidé de les mettre en demeure de quitter notre territoire.
             En conséquence, vous voudrez bien inviter ces étrangers à choisir le point de la frontière d’Espagne par lequel ils désirent quitter la France. "


            Malgré nos républicains français, généreux défenseurs du travailleur français contre l’étranger qui vient voler notre pain, les réfugiés espagnols se sont accrochés à leur terre d’asile. Alors, la République décide de les exploiter.


             La directive du Ministre de l’intérieur aux préfets, datée du 3 septembre 1939 est explicite :

           " Les dispositions prises en raison des circonstances actuelles ont fait apparaître, dans certaines régions de notre territoire, des besoins nouveaux de main d’œuvre agricole.
            A la demande de M. le Ministre de l’Agriculture il a été décidé, en conséquence, d’utiliser, à titre exceptionnel et provisoire, les ouvriers agricoles espagnols réfugiés, actuellement hébergés dans les formations d’accueil.
            Toutefois, un premier prélèvement doit être effectué par les Services du Ministère du Travail pour les besoins de l’industrie (ouvriers métallurgistes, manœuvres spécialisés, ouvriers sucriers et distillateurs), et un second par l’Autorité militaire, pour l’organisation d’équipes de travailleurs.
            C’est seulement parmi les réfugiés restés dans les camps ou non inscrits sur ces deux premières listes que seront choisis les travailleurs agricoles.
            M. le Ministre du Travail se propose de concentrer, dans diverses formations, certaines catégories de travailleurs spécialisés ; ces transferts seraient effectués par les soins du Général Ménard, chargé de la coordination des Services intéressant les réfugiés espagnols.
            Les ouvriers recrutés seront envoyés sur les départements demandeurs, puis dispersés dans le département selon les besoins, par équipes de travailleurs. Ces Espagnols seront considérés comme des prestataires et non pas comme des travailleurs libres. Il en résulte qu’ils devront être hébergés collectivement par les soins des Mairies. Ils seront nourris par les employeurs et recevront de ces derniers, non pas un salaire, mais une indemnité de 5 francs par jour.  Les travaux terminés dans une commune, l’équipe sera mise à la disposition d’une commune voisine, etc…(…)
          Une surveillance attentive de ces étrangers sera effectuée par les services locaux de police et de gendarmerie. Il conviendra notamment de s’assurer chaque soir qu’aucune évasion ne s’est produite.
      Tout réfugié qui, par sa conduite, son incapacité ou sa mauvaise volonté, se serait révélé indésirable, sera reconduit immédiatement dans une formation d’hébergement collectif. "


            Il faut admirer le langage : un camp de concentration français est une " formation " : " formation d’hébergement collectif " ou " formation d’accueil ". En France, on n’interne pas les étrangers dans des camps, on les " concentre dans des formations ".
Le travailleur forcé n’est bien sûr pas un travailleur libre ; mais c’est un " prestataire ".

           Derrière cette directive, qui sent la xénophobie et l’exploitation de la détresse à plein nez, il y a trois ministres du gouvernement Daladier.
            Edouard Daladier est un modèle républicain. Membre du cartel des gauches en 1924, président du Parti Radical en 1927. Il sera Ministre de la défense et Vice-président du Conseil sous le Front Populaire. Il sera président du Conseil de 1938 à 1940. Il signera les accords de Munich avec Hitler. Après la guerre et jusqu’en 1958, il présidera le Rassemblement des gauches républicaines.


Pour en savoir plus : La République xénophobe. Pierre-Jean Deschodt, François Huguenin. Editions JC Lattès 2001, p 147, 193, 355.

 

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