GUERILLEROS ET RESISTANCE

Publié: 5 décembre 2006 dans Histoire

De la Marne aux Pyrénées

Le 19 août, la 3e brigade des guérilleros espagnols libère Foix. Jacqueline Gesta leur rend l’hommage qui revient à leur rôle dans la libération du Sud pyrénéen. Raoul Brondy vivait à Nogent-sur-Marne. Il veut ici évoquer l’atmosphère de la banlieue est de Paris à la veille de sa libération.

 Los olvidados.

Le rôle joué par les guérilleros espagnols dans la résistance du Sud pyrénéen est indubitable. Si elle fut essentiellement communiste en Ariège, d’autres composantes, anarchistes en particulier, y contribuèrent grandement.

En 1939, la République espagnole s’effondre. Des milliers de combattants et de réfugiés, fuyant l’armée franquiste, franchissent les Pyrénées. Sur le versant nord, ils connaissent l’internement, la plupart du temps dans des conditions inhumaines, comme au Vernet d’Ariège. Très vite, une organisation politique se reconstitue : délégation du Parti communiste d’Espagne puis organisation militaire espagnole, en contact avec la direction clandestine du Parti. Car, pour ces hommes, le combat contre le fascisme ne commence pas mais continue. De plus, ils sont ici près de chez eux, dans une zone montagneuse propice à l’action clandestine mais aussi aux contacts avec ce pays qu’ils espèrent un jour reconquérir.

La solidarité va permettre à des centaines d’Espagnols de sortir du Vernet. Des militants de gauche vont fournir des contrats de travail : cela va jusqu’à la création de chantiers forestiers produisant du charbon de bois. Un ingénieur des Mines de Toulouse ouvre en septembre 1940 deux chantiers en Ariège, un dans l’Aude. Le docteur Delteil en ouvre un dans l’Aude, fait cadeau aux guérilleros de tout le charbon de la brigade bois afin de les financer. Ces chantiers permettent aussi de bien utiles allées et venues.

En octobre 1940, une réunion à Argelès organise la résistance du PCE en zone sud. Il y est décidé de « renvoyer en Espagne les meilleurs cadres » mais aussi « de lutter aux côtés du peuple français contre les nazis ». En décembre 1941, on passe à la lutte armée avec la création des guérilleros. Sabotages et déraillements commencent en coopération avec la MOI de Toulouse.

Les guérilleros sont près d’un millier fin 1942. Ils sont 3.000 en mai 1944 tandis que certains d’entre eux rejoignent régulièrement l’Espagne pour y mener le combat clandestin. La répression s’abat sur eux. En avril 1943, à la suite d’une trahison, les maquis d’Aston et de Rieux-de-Pelleport sont attaqués : plus de 80 guérilleros sont arrêtés et seront déportés pour la plupart. Cette opération est menée par les gardes mobiles et les gendarmes dirigés par le préfet sous le contrôle de la police allemande.

L’activité se poursuit néanmoins. Le 3 juillet 1944, ils occupent Lavelanet avec les FTP. Le 21 juillet, ils participent à la bataille de la Crouzette. Le 19 août, la 3e brigade libère Foix et, le 20 août, Saint-Girons avec les FTP. Les 21 et 22 août, deux brigades participent à la bataille de Rimont contre la légion du Turkestan. Cette activité leur vaudra les félicitations du général de Gaulle lors de sa venue à Toulouse en septembre 1944.

Après la Libération, le regard des guérilleros se tourne vers le sud. Ainsi se déroula, de septembre à décembre 1944, le tragique épisode du val d’Aran où ils tentèrent la reconquête de l’Espagne. Ce fut l’échec et une profonde blessure pour ces hommes qui se sentirent abandonnés une seconde fois.

Ainsi, durant toute cette période, les guérilleros marquèrent profondément l’histoire régionale. Cependant, beaucoup reste à faire pour dresser un tableau complet de leur contribution qui mérite pourtant de passer dans l’Histoire, celle que l’on transmet.

Jacqueline Gesta

Toulouse

La poussette de mon petit frère

En ce temps-là, j’habitais rue du Viaduc à Nogent-sur-Marne et travaillais dans une compagnie d’assurances rue La Fayette à Paris. J’avais seize ans. Un jour d’août, la coopérative d’entreprise répartit entre les salariés des choux, des pommes de terre, des poireaux. Une aubaine ! Je n’avais aucun moyen de les rapporter. Le lendemain, plus aucun transport. Trains, autobus, métro, en grève. Comme le dîner de la veille – je m’en souviens encore – s’était limité à une soupe aux fanes de poireaux, une sardine, des rutabagas, un morceau de pain au son avec un peu de fromage, je résolus de me rendre à pied à la compagnie (parcours aller-retour : 30 kilomètres environ). Afin de transporter sans trop de peine mes quelques kilos de précieux légumes, je me munis de l’ancienne poussette de mon petit frère.

L’aller se déroula sans fait notable. Paris était calme, quelques queues habituelles devant les boutiques. Sur le lieu de mon travail où nombre de collègues avaient fait comme moi, les plus chanceux à bicyclette, il me fut indiqué que les boches s’étaient enfuis et la circulation sans obstacle.

Fausse nouvelle !

J’entrepris le chemin de retour. Place de la République : barrage de barbelés, une immense pancarte « Défense de passer » agrémentée d’une énorme tête de mort. Je contournais donc par de petites rues pour me retrouver boulevard Voltaire.

Temps merveilleux, douce chaleur ; la chaussée du boulevard était vide mais les trottoirs garnis de promeneurs silencieux ou d’habitants du quartier échangeant les dernières nouvelles. Je cheminais sous des regards parfois envieux vers la place Voltaire lorsque soudain des claquements semblables à ceux d’une mitraillade percèrent le silence. Tous les piétons se retrouvèrent au sol. Je me retrouvais couché sous un banc public, ma poussette et les légumes dans le caniveau.

A droite de la rue Oberkampf, un camion bourré de soldats vert-de-gris. Certains avaient mis pied à terre et pointaient leurs armes dans toutes les directions. Un ordre guttural fit froid dans le dos. Les militaires s’agrippèrent aux flancs du véhicule qui reprit sa route.

En fait, le moteur avait eu des ratés. Du boulevard immédiatement debout partit un immense éclat de rire, les promeneurs saluant les soldats d’un « raoust ! ». Je récupérais ma poussette et mes légumes, aidé de mes voisins d’un instant.

De retour à Nogent, je constatais que chaque pilier du viaduc était gardé par un soldat allemand au lieu des civils requis précédemment. Quelques jours plus tard, des coups de feu nous réveillaient de bon matin. Des hommes que je ne voyais pas tiraient sur les gardiens de pilier qui répondaient par des rafales de mitraillettes. Puis un bruit de moteurs. Des véhicules blindés allemands venaient à la rescousse, suivi d’un grand calme ; les FFI avaient décroché. La nuit suivante, un bruit assourdissant nous réveilla de nouveau. Les Allemands avaient fait sauter le viaduc (construit sous Napoléon III) au-dessus de la Marne. La masse de pierres avait provoqué le débordement de la rivière. Sur les rives, les poissons sautillaient. Tout le quartier était là. Ce fut une pêche miraculeuse.

Raoul Brondy

Le Perreux

L’intégrale de l’HUMANITÉArticles parus dans l’édition du 19 août 1994.

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