CHEMINS DE LA RETIRADA A ARGELES SUR MER.

Publié: 21 février 2007 dans Actualité

Souvenir par Pierre AYLAGAS

Dans quelques jours, les 23 et 24 février 2007, aura lieu la traditionnelle manifestation « les chemins de la Retirada » organisée depuis 2000 par l’association FFREEE (Fils et Filles de Républicains Espagnols et Enfants de l’Exode) en étroite collaboration avec la ville d’Argelès.

Cette cérémonie rend hommage aux 500 000 Républicains Espagnols qui, un jour de février 1939 sont venus sauver leur vie ici dans le Roussillon. Hommes, femmes, enfants, jeunes, vieux… fuyant les lâches bombardements des avions de Franco et de ses acolytes allemands ont quitté la Catalogne Sud et l’Espagne.

Combien d’entre nous, dans les Pyrénées-Orientales ont un proche qui a vécu la retirada et l’internement dans les camps ? Nous sommes plusieurs milliers de descendants de Républicains Espagnols.

Je ne manque jamais cette marche souvenir, que ce soit à Port-Bou, à La Vajol, au Perthus et cette année ici entre Port-Vendres et Argelès.  Je ne la manque jamais, car en marchant avec mes sœurs, je pense à mon père et ma mère. Il me semble les accompagner dans le drame qu’ils avaient vécu.

Mon père, ouvrier agricole en Espagne, après s’être battu durant quatre ans contre Franco et le fascisme quittera sa terre natale pour fuir la dictature et son horrible répression. Avec son frère et un cousin ils seront enfermés dans les camps. Il aura la chance de sortir du camp de concentration d’Argelès pour travailler dans les vignes de Valmy.

Il aura encore la chance de pouvoir retrouver son épouse, qui elle, après la fermeture de la frontière réussit à échapper aux patrouilles espagnoles et françaises. De nuit, elle traversera les Albères par des sentiers perdus avec ma sœur Rose âgée de quelques mois et Assomption âgée de 5 ans. Mes parents s’installeront au mas Payrot à côté de Valmy et n’auront plus qu’une idée « travailler pour rembourser à la France la dette de les avoir sauvés ». Ils travailleront dur toute leur vie comme ouvriers agricoles. Ils savaient qu’ils ne pourraient plus retourner dans leur pays d’origine où la prison les attendait.

Mon père ne critiquera jamais la France pour son accueil, malheur à celui qui l’aurait fait devant lui.

Je suis donc né à Argelès-sur-Mer, au Mas Payrot en 1942. Mes parents vivaient dans la crainte permanente des hommes de Vichy. Ma mère avec le petit salaire de mon père, essayait dans cette période très difficile, d’élever dignement ses 5 enfants.

Papa nous disait « la France avec sa formidable devise  Liberté, Egalité, Fraternité, aide tous ses enfants, ses écoles gratuites sont accessibles à tous ». Pour lui, les études ouvraient toutes les portes et effaçaient les différences. Je l’ai écouté et suivi une scolarité avec tous mes camarades. Je suis allé à l’école normale pour être instituteur et enfin professeur de collège. Mon intégration je la dois aussi au monde associatif. Le sport et surtout le rugby ont été pour moi une grande école de la démocratie. Comme joueur et entraîneur j’ai inculqué des valeurs Républicaines. Arbitre national de rugby, j’ai toujours su me faire obéir en respectant les joueurs. Une fois le sport arrêté, j’ai voulu mettre mon énergie aux services des habitants du Roussillon en devenant Maire-adjoint dans l’équipe de Jean CARRERE en 1983, Conseiller Général en 1998 et Maire d’Argelès-sur-Mer en 2001.

Ce petit message peut vous sembler un peu hors du contexte de ce support médiatique, mais il est parfois bon de se rappeler ses origines. C’est dans le passé que l’avenir ancre ses racines.

Je vous invite donc à venir me rejoindre le vendredi 23 février à Valmy pour l’inauguration des « chemins de la retirada » et je vous donne rendez-vous le samedi 24 à 10 h 00 devant la Mairie où nous partirons tous ensemble déposer une gerbe au cimetière du camp d’Argelès et ensuite au monolithe sur la plage.

Publié le 15 février 2007 sur le blog de Pierre AYLAGAS Maire d’Argelès sur Mer.

http://aylagas.typepad.fr/

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commentaires
  1. NAVARRO Ramon dit :

    je viens seulement de découvrir ce souvenir avec émotion. Hommages. Pour ma part, j’ai entrepris de rechercher ma famille paternelle à partir de Espludas Barcelone.
    Ramon NAVARRO aRGELES sUR mER

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