PHOTOS de la GUERRE CIVILE ESPAGNOLE – 2

Publié: 4 février 2008 dans Actualité
 
L’échappée Capa
 
 
Lu dans LIBERATION du Vendredi 1er février 2007
 
 
 
 
 
DECOUVERTE
Ressurgie il y a quelques jours, une valise contenant 3500 négatifs en trés bon état sur la guerre d’Espagne du photographe reporter est en cours d’inventaire à New York
 
Le contenu de ces boîtes est dû au fondateur de l’agence Magnum, mort en 1954 mais également à sa compagne et consoeur, Gerda Taro
 

Mexico, île aux trésors du XXe siècle : après la chambre secrète redécouverte l’année dernière dans la maison de Frida Kahlo, c’est la «valise» de Robert Capa qui vient de ressurgir, soixante-dix ans après sa disparition.

Antifasciste. Soit, conservés dans trois boîtes en carton (une rouge, une verte, une beige) 3 500 négatifs, en très bon état, de photos prises pendant la guerre d’Espagne, côté républicain. La majeure partie est l’œuvre du reporter de guerre et militant antifasciste, fondateur de l’agence Magnum, mort au Vietnam en 1954. Mais on trouve également des images réalisées par sa compagne et consœur, Gerda Taro, écrasée par un tank en 1937 dans les environs de Madrid, et par David Seymour, cofondateur de Magnum.

Depuis quelques jours, les experts de l’International Center of Photography, fondé à New York par Cornell Capa, frère du photographe, inventorient le contenu des boîtes. On connaissait environ 500 clichés pris et sélectionnés par Robert Capa pendant la guerre d’Espagne, dont celui, célébrissime, du milicien républicain fauché par une balle franquiste en septembre 1936.

La découverte des films complets devrait non seulement révéler des images inédites – des portraits d’Hemingway et de García Lorca y figureraient -, mais aussi des indications décisives sur les conditions dans lesquelles elles ont été prises, notamment la part de «mise en scène» qui s’y rattache ou non. Il n’est pas non plus impossible que la «paternité» de certaines images, attribuées à Capa, soit remise en cause. Ainsi, Brian Wallis, conservateur en chef de l’International Center of Photography (ICP) cité par le New York Times, n’exclut pas catégoriquement que la fameuse photo du milicien ait pu être prise par Gerda Taro…

Discussions. L’histoire des négatifs rescapés est totalement romanesque. Leur exhumation est due à Trisha Ziff, une Anglaise, cinéaste et historienne de la photo, installée à Mexico depuis de nombreuses années. Les trois boîtes lui auraient été remises en décembre dernier, au terme de mois de discussions, par un certain Ben Tarver, réalisateur de pub et gérant de la société de production Shoot Mexico, apparemment petit-neveu du général Francisco Aguilar González, diplomate mexicain mort en 1967 qui avait conservé les boîtes dans ses archives personnelles. Tarver aurait révélé leur existence dès 1995 à Jerald Green, professeur au Queens College (City University) de New York. Pour des raisons encore inexpliquées, les tractations alors entamées avec l’ICP n’auraient pas abouti. Interrogée par le New York Times, Trisha Ziff, qui achève à Los Angeles un documentaire sur la photo du Che Guevara prise par Alberto Korda (Libération d’hier), précise que les réticences de Tarver à se défaire des photos n’avaient rien à voir avec des questions d’argent : «Il voulait apparemment juste être certain qu’elles seraient envoyées au bon endroit.» Selon elle, il craignait aussi les réactions négatives qu’aurait pu déclencher au Mexique le transfert aux Etats-Unis d’un fonds découvert au Mexique.

Consulat. Les négatifs avaient été confiés en 1938 par Robert Capa à son ami Imre Weisz, dit Cziki, hongrois comme lui, photographe et propriétaire d’un labo photo à Paris. Réfugié à Marseille en 1940, Weisz aurait eu le temps de les déposer au consulat du Mexique, pays connu alors pour son engagement antifasciste, avant d’être arrêté et interné dans un camp en Algérie.

Sur le site du ministère mexicain des Relations extérieures, on ne trouve pas confirmation de la présence d’Aguilar González à Marseille en 1940. Mais on apprend qu’il a été ambassadeur à Paris (de février 1941 à juillet 1942) avant d’être en poste au Portugal (de septembre 1944 à mai 1945), puis en Chine (1947-1949) et en Argentine (1956-1959). Pour quelles raisons ce diplomate n’a-t-il pas pris contact avec Capa, au lendemain de la guerre ? Ignorait-il le contenu des boîtes ? Les avait-il oubliées parmi d’autres papiers ? Plus étonnant encore : Imre Weisz non plus n’a pas cherché à les récupérer. Or, après sa sortie de camp en Algérie, Imre Weisz émigra… au Mexique, où il épousa en 1946 la peintre et romancière anglaise Leonora Carrington, avec qui il eut deux enfants.

Dans sa biographie de Robert Capa publiée en 1985, Richard Whelan fait appel au témoignage de Weisz, qui ne mentionne pas l’épisode des négatifs perdus. Les avait-il effacés de sa mémoire ? Etait-il convaincu de leur disparition ? Autant d’énigmes dont certaines seront peut-être levées quand l’inventaire du fonds miraculé sera achevé.

René SOLIS

Planche contact des négatifs de la bataille de Rio Segre sur le front Aragonais, prés de Fraga.

PHOTO Robert CAPA copyright 2001 by CONNELL CAPA MAGNUM

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