DISPARUS DE LA GUERRE CIVILE.

Publié: 18 novembre 2008 dans Actualité

 

 

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 Franquisme: l’enquête du juge Garzon bloquée

La justice espagnole a décidé vendredi de bloquer les ouvertures de fosses communes ordonnées par le juge Garzon

Une formation de juges de l’Audience nationale a accédé par 10 voix contre 5 à une demande du parquet en ce sens.
Le juge Baltasar Garzon a suscité une controverse en Espagne en ouvrant le 16 octobre la première instruction jamais menée sur les "disparus" républicains de la guerre civile (1936-39) et du franquisme (1939-75).

Cette instruction est suspendue, le temps que la justice se prononce sur le bien-fondé juridique d’une enquête sur les "crimes contre l’humanité" du franquisme.
Le parquet espagnol s’était opposé à l’ouverture de l’enquête et avait déposé un recours. L’instruction du juge Garzon procéderait d’une "sorte d’inquisition générale  incompatible avec les principes (…) d’un Etat de droit comme celui consacré par la Constitution espagnole", avait estimé le procureur en chef de l’Audience nationale, Javier-Alberto Zaragoza dans son recours.
L’Audience nationale, plus haute instance pénale espagnole, dont dépend le juge Garzon, n’a "pas la compétence pour cette enquête", estime le parquet, qui conteste la qualification des faits comme crimes contre l’humanité. Ce concept juridique n’existait pas au moment des faits, argue le parquet. Le ministère public estime par ailleurs que le nouvelle loi de la Mémoire historique de 2007 offre le cadre "adéquat pour le rétablissement et la protection des droits des victimes"
.

Garzon veut rouvrir les fosses communes


Le juge Baltasar Garzon a pris une décision historique le 16 octobre en ouvrant une enquête sur les disparus de la Guerre civile (1936-1939). Il brise ainsi le pacte du silence conclu après la mort de Franco au nom de la réconciliation nationale. Près de 70 ans après la Guerre d’Espagne, plus de 100.000 victimes républicaines gisent toujours dans des centaines de fosses communes.
Baltazar Garzon  a ordonné l’ouverture de 19 tombes, dont celle de Federico Garcia Lorca, qui était alors le poète et dramaturge le plus célèbre d’Espagne et a été fusillé en 1936. 100.000 victimes, dont la moitié auraient été exécutés sommairement, selon les historiens, gisent encore dans les fosses communes. Le magistrat a par ailleurs indiqué qu’il envisageait d’engager des poursuites contre d’ex-dirigeants de la Phalange, parti d’extrême-droite allié à Franco, en demandant au ministère de l’Intérieur de les identifier.
En ouvrant cette grande enquête, contre l’avis du parquet, il brave la loi d’amnistie des "crimes politiques" de la guerre, votée an 1977, deux ans après la mort du général Francisco Franco, qui a exercé sa dictature sur l’Espagne entre 1939 et 1975.
"Toute amnistie qui vise à effacer les crimes contre l’humanité, qui ne peuvent pas être qualifiés de crimes politiques, est nulle et non avenue", a estimé le magistrat.
Une liste répertoriant les noms de plus de 130.000 personnes disparues lui a été remise en septembre par des organisations religieuses et de défense des droits de l’homme.
L’instruction qu’il a ouverte répond en effet à des demandes de plus en plus pressantes de la société espagnole. Alors que, dans beaucoup de villages, les événements de la Guerre civile restent un sujet tabou pour de nombreuses personnes âgées, des associations demandent depuis le début des années 2000 le concours de l’Etat pour réhabiliter les victimes du franquisme.
Elles ont commencé à ouvrir des fosses communes au bord des routes et à déterrer des squelettes dont les crânes portent souvent la trace d’un tir dans la nuque. 4000 exhumations ont déjà été pratiquées dans 170 fosses.
Le gouvernement socialiste de José Luis Rodriguez Zapatero, petit-fils d’un combattant républicain fusillé, a fait adopter en 2007 une loi controversée dite de Mémoire historique. Elle vise à réhabiliter moralement les victimes républicaines, engageant notamment l’Etat à aider à la localisation et à l’exhumation des disparus, et prévoit des compensations financières pour leurs familles, et le retrait des  symboles franquistes des édifices publiques.
Signe que les plaies ne sont pas refermées, la droite a alors accusé le M.Zapatero de les "rouvrir inutilement", et l’extrême gauche lui a reproché de refuser d’annuler les procès sommaires des tribunaux franquistes.

 

Une association fouille une fosse commune où sont enterrées des victimes du franquisme à Elvira (Espagne), en août 2005

© AFP / Philippe Desmazes

 

Espagne: Liste de disparus de la guerre civile remise à la justice

Lundi 6 Octobre 2008 | 43 j. | powered by

Une nouvelle liste comportant 133.708 noms de disparus pendant la guerre civile (1936-39) et sous le dictature du général Franco (1939-75), a été remise lundi par un groupe d’associations au juge d’instruction Baltasar Garzon, selon l’avocat des associations.

Cette liste remplace une première liste comportant 143.353 noms, remise le 22 septembre au magistrat mais qui comportait des erreurs, a expliqué Me Fernando Magan, avocat du groupe de 22 associations de familles des victimes du franquisme. Ces listes répondent à la décision de ce juge, début septembre, de demander pour la première fois à plusieurs institutions des renseignements sur les milliers de disparus de l’époque, comme préalable à l’ouverture éventuelle d’une enquête. Baltasar Garzon cherche ainsi à établir un "recensement" des personnes exécutées et jetées dans les fosses communes, à la demande d’une dizaine d’associations de familles de victimes du franquisme. Le juge avait parallèlement demandé aux associations de victimes de fournir leur propre liste des disparus. (GFR)

Reconnaissance des morts après la prise de la caserne de la Montana par les franquistes le 19 juillet 1936. Photo DDM, Archives, AFP

 

 

Garcia Lorca, « un nom de plus parmi les autres… »

Symbole entre tous de la répression franquiste, le poète Federico Garcia Lorca, a été fusillé par les anti-républicains le 18 août 1936, tout au début de la guerre civile espagnole. Son corps fut jeté dans une fosse commune près de Grenade, avec celui du maître d’école Diascoro Galindo, défenseur de l’école laïque et ceux de deux toreros militants d’un syndicat anarchiste. Au nom de la loi de « la Mémoire historique » votée par le parlement espagnol en octobre 2007, la famille de Galindo a saisi la justice pour réclamer l’ouverture de la fosse, alors que la famille de Garcia Lorca y était hostile.

«Ce ravin, c’est sa tombe définitive »

Suite à la démarche du juge Garzon, la nièce de Garcia Lorca a expliqué que les réticences de la famille du poète à l’ouverture de la fosse résidaient en partie dans la crainte « que tout cela ne se transforme en spectacle ». « Si cela doit se faire, nous voulons que cela soit fait avec beaucoup de respect, de manière privée, dans l’intimité », a cependant précisé Laura Garcia Lorca.

La descendante du poète a noté que les ossements de 1 000 à 3 000 victimes des troupes franquistes gisaient près de l’endroit où repose Lorca et qu’il n’y avait pas de raison de réserver un sort particulier au poète.

« À présent, ils reposent tous dans un cimetière commun, tous ont été victimes du même assassinat sauvage et cruel », a-t-elle déclaré. « Ce ravin c’est sa tombe définitive

[…] nous voulons le laisser là, un nom de plus parmi les autres », a-t-elle expliqué, précisant qu’elle ne pensait pas que les restes exhumés apporteraient de nouvelles données essentielles à la biographie de Garcia Lorca.

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