Archives de la catégorie ‘Poésie’

UN HOMMAGE DU GOUVERNEMENT ESPAGNOL.

Publié: 30 avril 2006 dans Poésie
 

12/10/04 : La fête nationale espagnole n’a pas échappé, hier, à l’empreinte du nouveau gouvernement socialiste. Le jour de l’«hispanité», en référence à la date anniversaire de la découverte des Amériques par Christophe Colomb, le 12 octobre 1492, devait être marquée en effet par l’esprit de conciliation, cher au nouvel exécutif, élu le 14 mars dernier. Outre un hommage rendu aux 191 victimes des attentats du 11 mars, le gouvernement de gauche a voulu panser les plaies du passé. La cérémonie, dédiée aux combattants morts pour la patrie et célébrée par le roi Juan Carlos, s’est déroulée en présence d’anciens combattants républicains et franquistes. Une première depuis le retour à la démocratie qui a suscité une polémique.

Le gouvernement Zapatero a également imprimé sa marque au traditionnel défilé militaire. Pour illustrer le virage pro-européen de sa diplomatie, le gouvernement Zapatero avait invité un détachement français du bataillon d’infanterie de marine du Tchad à participer à la parade. Ils remplaçaient les marines américains, invités l’année précédente par le très atlantiste José Maria Aznar.

«La présence des Français est un hommage au 60e anniversaire de la libération de Paris, où participèrent des républicains espagnols engagés dans la 2e division blindée du général Leclerc», a commenté le ministre de la Défense espagnol, José Bono.

Diane Cambon

                               

 

© http://www.pce.es


A l’occasion de la fête nationale espagnole commémorant la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb en 1492, un détachement français a été invité à participer aux cérémonies du 12 octobre 2004. Le gouvernement espagnol voulait ainsi mettre à l’honneur cette année les soldats qui participèrent à la libération de la France en 1944. C’est tout naturellement que le Régiment de Marche du Tchad a été désigné pour cette mission.
La 9e Compagnie de ce régiment, la "nueve", était en effet composée en majorité d’Espagnols en 1944.
Ainsi les Marsouins de la 4e Compagnie du Capitaine Pierre, le drapeau et sa garde emmenés par le Colonel Ducret, chef de corps, ont atterri à Getafe, au sud de la capitale espagnole le jeudi 7 octobre. Les journées se sont succédées à un rythme régulier : répétitions, activités culturelles, et activités de cohésion. Les autorités locales leur ont réservé un accueil remarquable : ouverture spéciale du musée de l’armée, réception à la résidence de l’ambassadeur de France, déjeuner du chef de corps avec le ministre de la défense, etc.
Mais c’est surtout le défilé du 12 qui restera gravé dans les mémoires : deux kilomètres d’un boulevard digne des Champs Elysées bordé de tribunes combles, passage devant la famille régnante et le gouvernement. Mis à l’honneur selon le protocole espagnol, le détachement était placé en tête du défilé, immédiatement après la garde royale. LA cadence très rapide des Espagnols avait nécessité des heures d’entraînement, mais cela en valait vraiment la peine.
© L’Ancre d’Or n° 344 – janvier-février 2005

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VIENT DE PARAITRE

Publié: 25 avril 2006 dans Poésie
 
Le recueil de poésie de ma petite soeur vient d’être publié.
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LE CHANT DES PARTISANS

Publié: 24 avril 2006 dans Poésie

 

LE CHANT DES PARTISANS

 

  

Ami entends-tu
Le vol noir des corbeaux
Sur nos plaines.
Ami entends-tu
Les cris sourds du pays
Qu’on enchaîne …
Ohé partisans
Ouvriers et paysans
C’est l’alarme !
Ce soir l’ennemi
Connaîtra le prix du sang
Et des larmes …

Montez de la mine,
Descendez des collines,
Camarades.
Sortez de la paille
Les fusils, la mitraille,
Les grenades.
Ohé ! les tueurs
A la balle et au couteau
Tuez vite !
Ohé ! saboteurs
Attention à ton fardeau …
Dynamite …

C’est nous qui brisons
Les barreaux des prisons
Pour nos frères.
La haine à nos trousses
Et la faim qui nous pousse,
La misère.
Il y a des pays
Où les gens au creux des lits
Font des rêves.
Ici, nous vois-tu
Nous on marche et nous on tue
Nous on crève …

Ici, chacun sait
Ce qu’il veut, ce qu’il fait
Quand il passe
Ami, si tu tombes,
Un ami sort de l’ombre
A ta place.
Demain du sang noir
Séchera au grand soleil
Sur les routes.
Chantez compagnons,
Dans la nuit, la liberté
Nous écoute …

Ami, entends-tu
Les cris sourds du pays qu’on
Enchaîne !
Ami, entends-tu
Le vol noir des corbeaux sur nos plaines …

  

  

PAUL ELUARD – L’AFFICHE ROUGE (4)

Publié: 21 avril 2006 dans Poésie

Résistance.

 

L’Affiche rouge

 

Si j’ai le droit de dire, en français, aujourd’hui,

Ma peine est mon espoir, ma colère et ma joie

Si rien ne s’est voilé, définitivement,

De notre rêve immense et de notre sagesse

C’est que ces étrangers, comme on les nomme encore,

Croyaient à la justice, ici-bas, et concrète

Ils avaient dans leur sang le sang de leurs semblables

Ces étrangers savaient quelle était leur patrie.

La liberté d’un peuple oriente tous les peuples

Un innocent aux fers enchaîne tous les hommes

Et, qui ne refuse à son coeur, sait sa loi

Il faut vaincre le gouffre et vaincre la vermine

Ces étrangers d’ici, qui choisirent le feu,

Leurs portraits, sur les murs, sont vivants pour toujours

Un soleil de mémoire éclaire leur beauté

Ils ont tué pour vivre, ils ont crié vengeance.

Leur vie tuait la mort au coeur d’un miroir fixe

Le seul voeu de justice a pour écho la vie

Et lorsqu’on n’entendra que cette voix sur terre,

Lorsqu’on ne tuera plus ils seront bien vengés.

Et ce sera justice.

 

Paul Eluard

LOUIS ARAGON: L’AFFICHE ROUGE. (5)

Publié: 18 avril 2006 dans Poésie

 

 L’affiche rouge

 

   

Vous n’avez réclamé ni gloire ni les larmes
Ni l’orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servis simplement de vos armes
La mort n’éblouit pas les yeux des Partisans

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L’affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants

Nul ne semblait vous voir Français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l’heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR
LA FRANCE

Et les mornes matins en étaient différents
Tout avait la couleur uniforme du givre
A la fin février pour vos derniers moments
Et c’est alors que l’un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand

Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan

Un grand soleil d’hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que

Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant

 

 

Louis Aragon

EL CRIMEN FUE EN GRANADA:

A FEDERICO GARCÍA LORCA

 

 

I. El crimen

Se le vio, caminando entre fusiles,
por una calle larga,
salir al campo frío,
aún con estrellas de la madrugada.
Mataron a Federico
cuando la luz asomaba.
El pelotón de verdugos
no osó mirarle la cara.
Todos cerraron los ojos;
rezaron: ¡ni Dios te salva!
Muerto cayó Federico
—sangre en la frente y plomo en las entrañas—
… Que fue en Granada el crimen
sabed —¡pobre Granada!—, en su Granada.

II. El poeta y la muerte

Se le vio caminar solo con Ella,
sin miedo a su guadaña.
—Ya el sol en torre y torre, los martillos
en yunque— yunque y yunque de las fraguas.
Hablaba Federico,
requebrando a la muerte. Ella escuchaba.
«Porque ayer en mi verso, compañera,
sonaba el golpe de tus secas palmas,
y diste el hielo a mi cantar, y el filo
a mi tragedia de tu hoz de plata,
te cantaré la carne que no tienes,
los ojos que te faltan,
tus cabellos que el viento sacudía,
los rojos labios donde te besaban…
Hoy como ayer, gitana, muerte mía,
qué bien contigo a solas,
por estos aires de Granada, ¡mi Granada!»

III.

Se le vio caminar…
                      Labrad, amigos,
de piedra y sueño en el Alhambra,
un túmulo al poeta,
sobre una fuente donde llore el agua,
y eternamente diga:
el crimen fue en Granada, ¡en su Granada!

 

Antonio Machado 

 

 

 

 

Traduction partiel en français.

  C’EST A GRENADE QUE LE CRIME EUT LIEU

A FEDERICO GARCIA LORCA

 

 

I – Le Crime

On le vit marchant entre des fusils  
Par une longue rue  
Qui donnait sur la campagne froide  
de l’aube, encore sous les étoiles.  
Ils tuèrent Federico  
Alors que pointait la lumière.  
Le peloton de bourreaux  
N’osa pas le regarder au visage.  
Tous fermèrent les yeux ;  
Ils prièrent…Dieu lui-même ne te sauverait pas… 
Federico tomba mort  
– du sang sur le front, du plomb dans les entrailles –  
… C’est à Grenade que le crime eut lieu,  
Vous savez – pauvre Grenade ! – dans sa Grenade !

 

II – Le poète et la mort

[……]

  

III. 
On les vit s’éloigner… 
Taillez, amis, 
Dans la pierre et le rêve, à l’Alhambra, 
Une tombe au poète, 
Sur une fontaine, où l’eau pleure, 
et, éternellement dise : 
Le crime eut lieu à Grenade … dans sa Grenade !
 
 
 
Traduit par G. Pillement (site: l’Espagne au coeur.)

VIE ET MORT D’UN POETE.

Publié: 18 avril 2006 dans Poésie

ANTONIO MACHADO 1875 – 1939

 

Les deux plus grands poètes espagnols du XXème siècle, Federico Garcia Lorca, assassiné à Grenade en 1936 et Antonio Machado  mort en exil à Collioure en 1939, furent tous deux victimes du Franquisme. Moins éclatante et audacieuse que la poésie de Lorca, mais empreinte d’une sagesse et d’une profondeur qui lui donne une portée égale à celle des plus grand poètes de tous les temps, de Khayyam (Perse) à Umberto Saba (Italie), l’oeuvre de Machado interroge constamment les grands mystères de la vie humaine, dans une contemplation attentive des hommes et du monde.

 

Tout passe
et tout demeure
Mais notre affaire est de passer
De passer en traçant
Des chemins
Des chemins sur la mer
Voyageur, le chemin
C’est les traces
de tes pas
C’est tout ; voyageur,
il n’y a pas de chemin,
Le chemin se fait en marchant
Le chemin se fait en marchant
Et quand tu regardes en arrière
Tu vois le sentier
Que jamais
Tu ne dois à nouveau fouler
Voyageur! Il n’y a pas de chemins
Rien que des sillages sur la mer

Imprévisible parcours que celui de cet Andalou, né à Séville en 1875! Rien ne laissait prévoir qu’il finirait ses jours "Tras el Pirineo" (derrière les pyrénées), à Collioure, pour y reposer à tout jamais à quelques kilomètres de la frontière le séparant de son pays d’origine. Après la prime enfance passée à Séville assombrie par le décès de son père, sa mère et son oncle vont lui prodiguer affection et soins attentifs et il poursuivra des études primaires et secondaires sous la houlette de maîtres et de professeurs qu’il tiendra toujours en grande estime. Puis il accompagne son frère à Paris à qui la maison Garnier vient de proposer un emploi de traducteur. De retour en Espagne, il sera affecté à Soria pour y enseigner le français, où il rencontre celle qui va devenir, le 30 juillet 1909, sa femme, Doña Leonor. Ses poèmes traduisent alors la joie et le bonheur de vivre avec celle qu’il aime passionnément. L’interlude sera de courte durée. Au cours d’un second voyage à Paris, où il fait la connaissance de Ruben Darío et suit les cours de Bergson à la Sorbonne, sa jeune femme contracte la tuberculose. Elle mourra le 1er août 1912. Désormais, le poète va se consacrer à traduire au moyen de l’écriture poétique l’inquiétude intérieure d’un esprit entièrement voué à la réflexion philosophique, qu’il livrera dans des ouvrages en poésie et en prose intitulés : "Champs de Castille", "Les Complémentaires", "Juan de Mairena", "Abel Martin". A Ségovie, où il vient d’être muté, son cœur s’enflamme à nouveau pour celle qui passera à la postérité sous le nom de Doña Guiomar. Pour lors, il partage son temps entre ses activités professionnelles et ses escapades à Madrid où, dans les "tertulias" littéraires, il rencontre l’intelligentsia espagnole de l’époque -Unamuno, Valle Inclán, Alberti- et il collabore avec son frère Manuel à la rédaction de pièces de théâtre. Cette fièvre créative ne l’empêche pas de s’intéresser aux mouvements politiques et sociaux qui secouent l’Espagne, et qui la diviseront  bientôt en deux camps fratricides. Républicain de toujours, Machado se retrouve naturellement dans le camp des opposants à Franco et met sa plume au service du peuple, collaborant à plusieurs journaux dont "La Vanguardia" de Barcelone. La guerre le sépare de Doña Guiomar, qui part pour le Portugal, et à mesure de l’avance des troupes factieuses, ses amis conduisent le poète à abandonner Madrid pour Valence, puis Barcelone. Il accuse de plus en plus la fatigue physique et morale: Lorca a été fusillé. Unamuno, qu’il admirait, n’est plus. Les fascistes gagnent du terrain. Il lui faut se résoudre à quitter Barcelone, cette fois pour l’étranger. La mort dans l’âme, le voici sur le chemin de l’exode, accompagné par sa mère octogénaire, son frère José et la femme de celui-ci, au milieu de tout un peuple -le sien- de fugitifs. Dans la cohue, il perd une valise contenant des travaux inédits. Le groupe est épuisé. Il fait froid. Un ami explique au Commandant du poste de Perthus qui est Machado. Le gradé réussit à leur procurer une voiture qui, péniblement, conduit les quatre rescapés jusqu’à Cerbère. Ils se voient contraints de passer la nuit dans un wagon où règne une température glaciale. Le lendemain, ils descendent à Collioure, où un employé des chemins de fer, Monsieur Baills, les aiguille vers l’hôtel Quintana. Pourquoi cette halte à Collioure? Pourquoi le poète n’a-t-il pas essayé de rejoindre Paris, qu’il connaissait et où il était connu? La question reste sans réponse. Sans doute faut-il en attribuer la cause à l’épuisement. Collioure marque en tout cas le point final de son parcours. Ainsi en a décidé son destin. Arrivé le 2 février 1939 il y mourra le 22 du même mois. Dans l’intervalle, M. Baills a reconnu en Machado le grand poète qu’il avait eu l’occasion – à l’époque, déjà – d’étudier en classe d’espagnol. La nouvelle s’était répandue et on lui fit un enterrement digne de sa personne et de ce qu’elle représentait. Son frère trouva dans une des poches de son pardessus un bout de papier chiffonné sur lequel il avait écrit ce que l’on considère comme son dernier vers:
"Esto días azules y este sol de la infancia."

 

Miguel Martinez

Secrétaire général de la fondation Machado

 

 A. Machado sur son lit de mort

 Hommage au poéte

Enterrement à Collioure