Archives de la catégorie ‘Poésie’

LA RETIRADA.

Publié: 14 octobre 2007 dans Poésie

 

UN POEME D’EOLIENNE MA PETITE SOEUR  

 

Papa 1938/1939

 

La Rétirada  

 

La jeune république arrachée à sa gloire,

La meute de Franco crie sa triste victoire,

Pauvre peuple Espagnol, pauvres Républicains,

Fuyez vers les Français ou Sud Américains.

 

Tenez-vous bien cachés car cette armée fasciste,

De vous, Républicains, est devenue raciste.

Ceux qu’ils découvriront seront tous mis à mort,

Détenant le pouvoir, ils vous donneront tort !

 

Pour ceux qui ont choisi de venir vers la France,

Les voilà sur la route et au cœur, la souffrance ;

Valises à la main, dans les bras les enfants,

Le chemin de l’exil s’emplit d’agonisants.

 

Et sur ce long chemin quand trop lourde est la charge,

Vous lâchez vos paquets et toute la surcharge

Car seul reste après tout, cet instinct de survie

Arriver, saufs, en France est votre seule envie.

 

Chacun de vous sera  « réfugié politique »

Mais ce qui vous attend est apocalyptique :

Camp de concentration et non pas camp d’accueil,

De vos plus beaux espoirs vous en faites le deuil.

 

Je vais parler de ceux accompagnant mon Père,

Parqués sur une plage, laissés dans la misère,

Combien ont survécu ? Morts de froid et de faim,

La plage d’Argelès ressemble à un essaim.

 

Pour se couvrir de sable avec les mains on creuse,

Pensant bien éviter la froideur douloureuse,

Tuant ainsi les poux qui recouvrent leur peau,

Mais ces trous dans le sable sont en fait un tombeau.

 

Parfois un gros camion sur la plage déverse,

Quelques milliers de pains en une lourde averse,

L’essaim se précipite, on s’écrase, on se bat,

La faim devient plus forte, on oublie le combat.

 

Engagés dans l’armée ils partent en Belgique,

Fiers de se battre encore pour Notre République,

Hitler enfin vaincu leur met du baume au cœur,

Un grand fasciste en moins ! Apaise leur rancœur.

 

Lorsque j’étais enfant, Papa me racontait…

Dans ses yeux je voyais des larmes qui montaient…

 

Camps d’Argelés sur Mer (66) 

   

Poème publié dans l’Oasis des Artistes (voir lien dans mes sites favoris).   

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POEME DE JOSELITO

Publié: 25 février 2007 dans Poésie

Mon lieutenant à mon papy (Républicain Espagnol)

Le poing levé
Tu traverses la souffrance
Tu avances sans t’arrêter
Mourir pour la liberté serait une chance

Ils ne passeront pas
Tel est le slogan de votre combat
Repartir, la laisser s’assombrir
Plutôt mourir!

Regarde tous ces enfants
Mon lieutenant
Il te faut la protéger
Reste le poing levé!

Joselito (16 ans)

http://www.oasisdesartistes.com/modules/newbbex/viewtopic.php?viewmode=flat&topic_id=22827&forum=2

http://www.oasisdesartistes.com/

 

PABLO NERUDA

Publié: 6 décembre 2006 dans Poésie

LE WINNIPEG ET AUTRES POÈMES 

J’ai aimé dès le début le mot Winnipeg. Les mots ont des ailes ou n’en ont pas. Les mots rugueux restent collés au papier, à la tables, à la terre. le mot Winnipeg est ailé. Je l’ai vu s’envoler pour la première fois sur le quai d’un embarcadère, près de Bordeaux.

Le Winnipeg était un beau vieux bateau, auquel les sept mers et le temps avaient donné sa dignité. On peut affirmer qu’il n’avait jamais transporté à son bord plus de soixante-dix à quatre-vingts personnes. Le reste avait été constitué par des cargaisons de cacao, de coprah, de sacs de café de riz, par des chargements de minerais. Cette fois pourtant un affrètement plus important l’attendait: l’espoir.

Sous mes yeux et ma direction, deux mille hommes et femmes devait embarquer. Ils arrivaient des camps de concentration, de régions inhospitalières des désert, des terres africaines. Il venaient de l’angoisse, de la défaite, et ce bateau allait les recevoir et les emmener sur le continent américain, jusqu’aux côtes du Chili qui les accueillait. C’étaient les combattants espagnols qui avaient franchi la frontière française pour un exil qui dure depuis plus de trente ans.

La guerre civile – et incivile – d’Espagne agonisait de cette manière: des gens à demi prisonniers étaient entassés dans des forteresse quand ils ne s’amoncelaient pas pour dormir à même le sable. L’exode avait brisé le coeur su plus grand des poètes, don Antonio Machado. Ce coeur avait cessé de battre à peine franchies les Pyrénées. Des soldats de la République, dans leurs uniformes en lambeaux, avaient porté son cercueil au cimetière de Collioure. C’est là que cet Andalou qui avait chanté comme aucun autre les campagnes de Castille repose encore.

Je n’avais pas songé, en me rendant du Chili en France, aux contretemps, obstacles et adversités que je rencontrerais au cours de ma mission. Mon pays avait besoin de compétences, d’homme à la volonté créatrice. Nous manquions de spécialistes. La mer chilienne m’avait demandé des pêcheurs. Les mines réclamaient des ingénieurs. Les champs, des ouvriers pour conduire les tracteurs. Les premiers moteurs Diesel m’avaient chargé de recruter des mécaniciens spécialisés.

Rassembler ces être dispersés, les désigner dans les camps les plus éloignés et les acheminer jusqu’à ce carré de jour bleu, devant l’océan de France où se balançait tranquillement le Winnipeg, fut une affaire sérieuse et complexe, une entreprise dans laquelle le dévouement côtoyait souvent le désespoir.

Un organisme de solidarité, le SERE, fut fondé. L’aide venait, d’une part, des derniers fonds du gouvernement républicain et, d’autre part, d’une institution qui garde pour moi tout son mystère: les quakers.

Je me déclare abominablement ignorant en matière de de religions. Ce combat contre le péché constitue l’essentiel de leurs préoccupation m’a écarté, dans ma jeunesse, de tous les credos, et l’attitude superficielle d’indifférence que j’ai alors adoptée a persisté ma vie durant. Mais je dois à la vérité de dire que ces magnifiques sectateurs apparaissaient sur le môle et qu’ils payaient à chaque Espagnols la moitié de son billet pour la liberté, sans faire aucune distinction entre les athées et les croyants, les pécheurs et les pêcheurs. Depuis, quand je lis quelques part le mot quaker, je salue respectueusement par la pensé de leur mouvement.

Les trains arrivaient sans arrêt à l’embarcadère. Les femmes reconnaissaient leurs maris à travers les portières des wagons. Ils avaient été séparés depuis la fin de la guerre et ils se revoyaient pour la première fois devant le bateau qui les attendait. Jamais il ne m’avait été donné d’assister à des retrouvailles, des sanglots; des baisers, des étreintes, des éclats de rire aussi dramatiquement délirants.

De longues tables s’alignaient pour la vérification des papier et de l’identité, et pour le contrôle sanitaire. Derrière celles-ci, mes collaborateurs, secrétaires, consuls, amis, formaient une sorte de tribunal du purgatoire. Aux yeux des émigrants je dus, exceptionnellement ce jour-là, prendre les traits de Jupiter. Je décrétais le oui ultime, le non définitif. N’étant guère partisan du second, je répondais toujours par oui.
Je fus pourtant sur le point de signer un refus. Par bonheur, je compris à temps.
Un Castillan, un paysan à blouse noire tire-bouchonnée aux manches, venait de se présenter devant moi. Cette large blousse flottante était celle des ruraux de la Manche. L’homme, planté là avec sa femme et ses sept enfants, avait un certain âge, le visage tanné et creusé de rides.

En examinant les renseignements fournis par sa carte d’identité, je lui demandai, surpris:
– Le liège, c’est votre métier?
– Oui, monsieur, me répondit-il, gravement.
– Alors, il y a erreur. Qu’est-ce que vous iriez faire au Chili? Là-bas, il n’y a pas de chênes-lièges.
– Eh bien, monsieur, il y en aura, me répliqua le paysan.
– Montez, lui dis-je. C’est d’hommes comme vous dont nous avons besoin.

Avec la même fierté qui lui avait inspiré sa réponse, le paysan se mit à gravir la passerelle du Winnipeg, suivi de ses sept enfants et de son épouse. Beaucoup plus tard, l’argument de cet Espagnol imperturbable se révéla exact: il y eut – et, bien entendu, il y a toujours des chênes-lièges au Chili.

Presque tous mes protégés, pèlerins partant pour des terres inconnues, étaient maintenant embarqués, et je me préparais à prendre un peu de repos après cette tâches difficile, lorsque je vis se prolonger mes émotions. Le gouvernement chiliens, soumis aux pressions et aux attaques, m’adressait le message suivant: INFORMATION PRESSE AFFIRMENT EFFECTUER IMMIGRATION MASSIVE ESPAGNOLS. PRIÈRE DÉMENTIR OU ANNULER VOYAGE ÉMIGRÉS.

Que faire?
Il y avait une solution: convoquer la presse, lui monter le bateau rempli a craquer de ses deux mille Espagnols, lire le télégramme d’une voix solennelle. Et cela fait, me tirer sur place une balle dans la tête.

Ou encore: accompagner mes émigrant et débarquer au Chili avec l’appui de la raison ou de la poésie.

Avant de prendre une décision, je décrochai le téléphone pour m’entretenir avec le ministre chilien des Affaires étrangères. EN 1939, une communication téléphonique était difficilement déchiffrable. Pourtant mon indignation et mon angoisse furent entendues à travers océans et cordillères et le ministre m’approuva. Après une petite crise de cabinet, le Winnipeg, avec ses deux mille Républicains qui chantaient et pleuraient, leva l’ancre et mis le cap sur Valparaiso.

Que la critique efface toute ma poésie, si bon lui semble. Mais ce poème dont j’évoque aujourd’hui le souvenir, personne ne pourra l’effacer .


Pablo NERUDA
(NÉ POUR NAÎTRE Cinquième Cahier Réflexions Depuis l’ Île-Noire)

UNE CHANSON DE JEAN FERRAT

Publié: 20 novembre 2006 dans Poésie

MARIA AVAIT DEUX ENFANTS

Maria avait deux enfants
Deux garçons dont elle était fière
Et c’était bien la même chair
Et c’était bien le même sang

Ils grandirent sur cette terre
Près de
la Méditerranée
Ils grandirent dans la lumière
Entre l’olive et l’oranger

C’est presqu’île jour de leurs vingt ans
Qu’éclata la guerre civile
On vit l’Espagne rouge de sang
Crier dans un monde immobile

Les deux garçons de Maria
N’étaient pas dans le même camp
N’étaient pas du même combat
L’un était rouge et l’autre blanc

Qui des deux tira le premier
Le jour où les fusils parlèrent
Et lequel des deux s’est tué
Sur le corps tout chaud de son frère

On ne sait pas, tout ce qu’on sait
C’est qu’on les retrouva ensemble
Le blanc et le rouge mêlés
A même les pierres et la cendre

Si vous lui parlez de la guerre
Si vous lui dites liberté
Elle vous montrera la pierre
Où ses enfants sont enterrés

Maria avait deux enfants
Deux garçons dont elle était fière
Et c’était bien la même chair
Et c’était bien le même sang

Jean FERRAT

UN POEME DE ROBERT DESNOS

Publié: 2 mai 2006 dans Poésie
 

Ce cœur qui haïssait la guerre

 

 

Ce cœur qui haïssait la guerre
voilà qu’il bat pour le combat et la bataille !
Ce cœur qui ne battait qu’au rythme des marées, à celui des saisons,
à celui des heures du jour et de la nuit,
Voilà qu’il se gonfle et qu’il envoie dans les veines
un sang brûlant de salpêtre et de haine.
Et qu’il mène un tel bruit dans la cervelle que les oreilles en sifflent
Et qu’il n’est pas possible que ce bruit ne se répande pas dans la ville et la campagne
Comme le son d’une cloche appelant à l’émeute et au combat.
Écoutez, je l’entends qui me revient renvoyé par les échos.

Mais non, c’est le bruit d’autres cœurs, de millions d’autres cœurs
battant comme le mien à travers la France.
Ils battent au même rythme pour la même besogne tous ces cœurs,

Leur bruit est celui de la mer à l’assaut des falaises
Et tout ce sang porte dans des millions de cervelles un même mot d’ordre :
Révolte contre Hitler et mort à ses partisans !
Pourtant ce cœur haïssait la guerre et battait au rythme des saisons,
Mais un seul mot : Liberté a suffi à réveiller les vieilles colères
Et des millions de Français se préparent dans l’ombre
à la besogne que l’aube proche leur imposera.
Car ces cœurs qui haïssaient la guerre battaient pour la liberté
au rythme même des saisons et des marées,
du jour et de la nuit.

 

Robert Desnos

La Rose et le Réséda

 

 

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Tous deux adoraient la belle
Prisonnière des soldats
Lequel montait à l’échelle
Et lequel guettait en bas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Qu’importe comment s’appelle
Cette clarté sur leur pas
Que l’un fut de la chapelle
Et l’autre s’y dérobât
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Tous les deux étaient fidèles
Des lèvres du coeur des bras
Et tous les deux disaient qu’elle
Vive et qui vivra verra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Quand les blés sont sous la grêle
Fou qui fait le délicat
Fou qui songe à ses querelles
Au coeur du commun combat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Du haut de la citadelle
La sentinelle tira
Par deux fois et l’un chancelle
L’autre tombe qui mourra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Ils sont en prison Lequel
A le plus triste grabat
Lequel plus que l’autre gèle
Lequel préfère les rats
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Un rebelle est un rebelle
Deux sanglots font un seul glas
Et quand vient l’aube cruelle
Passent de vie à trépas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Répétant le nom de celle
Qu’aucun des deux ne trompa
Et leur sang rouge ruisselle
Même couleur même éclat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Il coule il coule il se mêle
À la terre qu’il aima
Pour qu’à la saison nouvelle
Mûrisse un raisin muscat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
L’un court et l’autre a des ailes
De Bretagne ou du Jura
Et framboise ou mirabelle
Le grillon rechantera
Dites flûte ou violoncelle
Le double amour qui brûla
L’alouette et l’hirondelle
La rose et le réséda

 

Louis Aragon 

POEME DE ROGER A. LHOMBREAUD

Publié: 1 mai 2006 dans Poésie
 

La plus hostile rue des temps

 

J’ai fui 
dans une bordée d’obscurs visages 
la plus hostile rue des temps. J’ai glissé 
sur des flaques de regard et d’ordures.. 
Je cours, je cours dans cette rue d’éternité 
Sans faire un pas vers le soleil ni vers les hommes." 
Pierre Emmanuel 
Jours de Colère 
"Réfugiés"

Quand on n ‘a pas trente ans, et qu’on surprend le monde, 
Quand on sent au-dedans l’emportement du sang, 
Quand la démangeaison de terrasser l’Immonde, 
De créer l’Agissant, de crier, frémissant, 
Tourmente un coeur tout neuf partant pour tout apprendre, 
Quand on entend partout mander sa "mission" : 
("La conquête du monde, à vous de l’entreprendre ! ") 
Quand la gloire éblouit, quand, sans rémission, 
On se lève et se jette au-dessus des mêlées, 
Quand on ressent cela, que l’on accepte aussi 
D’être les mains, les dents, les poitrines zélées 
De tant et tant de gens arrivés et assis, 
Alors, mes Frères, oui alors, qu’abordons-nous ? 
Juchés sur nos tranchées, 
Tremblant dans nos genoux, 
Nos fougues relâchées : 
Nous pouvons admirer 
Et le Monde, et l’Epoque, 
Et même déchirer 
Les masques et défroques .

Et ce que nous voyons, mes Frères, de mémoire 
D’homme, on ne l’avait vu, ni même imaginé, 
Ni lu dans nul grimoire : 
Car ce que nous voyons, c’est un succédané 
D’humanité perdue, 
Monstrueuse verrue . 
On n’y trouve pas l’Homme, et l’homme se tient coi : 
L’homme-abdication, l’homme-caricature, 
Tapi, petit, palpite, habite l’aventure 
Qui peut le mettre à mort, sans qu’il sache pourquoi !

Ça fourmille de gens attardés 
Ce monde tardif de maintenant ; 
Ça grouille de pontifes bardés, 
De grenouilles et de gouvernants . 
Nous avons nos savants, à tout prendre, 
Qui clament, qui classent, qui se cloîtrent 
Dans des couvents chromés, pour accroître 
Le Savoir — et pour ne rien comprendre…

Il y a les cœurs simples et bons, 
Déchiquetés à coups de couteau ; 
Il y a les morts purs des poteaux, 
Brisés par les balles et leurs bonds…

Il n’ y a plus de bilan humain 
Ni l’espérance des lendemains…

Pourtant, il y a Nous, 
Avec tous nos dégoûts 
Et nos sourdes révoltes, 
Avec nos désirs fous de fécondes récoltes ; 
Il y a Nous enfin, 
Le creusement de faim 
Si long qui nous pénètre, 
L’engagement de l’être, 
De tout notre être 
Luttant contre la masse 
Qui monte et qui menace 
(Mais sans nous émouvoir ! ) 
Luttant contre l’avoir, 
Le vain Avoir : 
Et l’Avoir, c’est l’argent, 
La peur, la mort, le sang, 
Et les durs héroïsmes 
Et les sots égoïsmes 
Que nous avons subis :

"To be or not to be"…

Il s’agit maintenant d’exister, 
D’exister pour vouloir résister 
A l’Avoir, pour donner à notre être 
Sa raison d’Etre !

 

© Roger- A. Lhombreaud
Edimbourg 1946